Lundi 21 juillet 2008




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Monsieur, c'est interdit.

En visitant l'expo de Richard Avedon au Musée du Jeu de Paume, j'avais repéré une photo que je voulais dessiner. Située juste face à un banc (un des rares bancs sinon le seul de l'expo). C'était la photo d'un assassin (Dick Hickok, page de droite).

Je dessinais tranquillement dans l'indifférence générale quand un gardien vint me dire que ce n'était pas un endroit pour dessiner, que c'était interdit. Patatra, je me levai donc et me réfugiai dans une salle où il y avait un film sur Avedon.

Quand vint une charmante demoiselle me demandant si cela ne m'ennuyait pas de ne pas pouvoir dessiner? Je lui répondis que cela faisait parti des aléas de ce genre de travail et que les carnettistes doivent improviser.
– En fait, me dit-elle, vous avez le droit de dessiner, je me suis renseignée.
– Mais, vous l'avez dit au gardien?
– Oui, oui, il est prévenu.
Je revins donc terminer mon dessin et entendis le gardien s'excuser. Bien sûr, je lui dis que ce n'était pas grave etc.

La demoiselle me demanda alors si on pouvait me filmer. Mais oui, répondis-je. Projecteur, on me filme et tout le monde regarde. Impertubable, je poursuis mon dessin et commence à dessiner le 2eme assassin. Mais en m'approchant, je réalisai que c'était le père de l'assassin de droite. Cela me troubla. Et repensai à mon père, à ma relation avec lui, du moins celle que j'aurais aimé avoir avec lui.
En partant, j'ai serré la main des 2 gardiens. La jolie jeune fille avait disparu.
© Michel Longuet